Courrier international (Al-Raee) – 19 avril 2012

L’hebdomadaire allemand Der Spiegel a diffusé une soi-disant enquête sur un prétendu tortionnaire originaire de Bab Amr, à Homs, et parti au Liban pour soins médicaux. Hussein de son nom, celui-ci affirme qu’il n’éprouve pas de difficultés à tuer de ses mains. C’est pour cela qu’on lui a confié cette tâche. Pour peu, il s’excuserait de n’avoir tué que quatre personnes, mais il se justifie en faisant valoir qu’il a été blessé à plusieurs reprises. Cela étant, il ajoute qu’il a fait d’autres victimes par tirs d’arme automatique. Et d’expliquer qu’à l’instar des petits Français qui apprennent le français les Syriens sont élevés dans la langue de la violence et ne parlent pas d’autre langue.

Hussein ressemble moins à la réalité de ce qu’est un islamiste extrémiste qu’à une créature sortie de l’imaginaire de la journaliste allemande qui est à l’origine de ce reportage rédigé pour faire voir que la Syrie n’est pas le pays de ceux qui font dans la dentelle. A regarder l’insistance avec laquelle les médias occidentaux répètent que la violence est constitutive de l’être musulman, on comprend que c’est pour eux un postulat. Rien dans cet article ne permet de penser qu’il est crédible. Moi-même, j’ai eu l’honneur d’expérimenter le manque d’honnêteté journalistique de l’hebdomadaire allemand, dont les pratiques vont de l’invention pure et simple à d’évidentes déformations de la réalité. Qui plus est, le journaliste qui m’a interrogé n’a pas cru utile de perdre son temps à présenter des excuses quand je l’ai contacté pour lui faire part de mes objections.

Céder à la politisation ou aux penchants idéologiques comme le fait cet article est contre-productif. Cela compromet le travail fondamentalement nécessaire de la critique de pratiques inhumaines, qui existent effectivement et doivent être condamnées. Des informations de plus en plus nombreuses en font état.

Ainsi, l’organisation Human Rights Watch a publié un rapport sur les violations des droits de l’homme commises par des groupes armés [les rebelles syriens]. Parmi les actes incriminés, la torture de prisonniers sous prétexte que ceux-ci appartenaient à l’appareil sécuritaire du régime, des exécutions, ainsi que des enlèvements avec demande de rançon. Dans certains cas, cela avait clairement un caractère confessionnel.

Par ailleurs, un rapport de l’ONU avait indiqué que des membres de l’Armée syrienne libre à Homs avaient torturé et exécuté des personnes soupçonnées d’appartenir aux Chabiha [milices du régime] et en avaient pendu d’autres, considérés comme des membres de l’appareil sécuritaire. Certes, ce même rapport insiste sur le fait que les exactions commises par les groupes rebelles n’ont rien de commun avec celles du régime, mais cela est une maigre consolation. Il convient de rappeler que la Russie et la Chine s’étaient appuyées là-dessus pour dire qu’on avait affaire en Syrie à des affrontements armés entre deux acteurs, et non pas à une répression féroce de la population civile par le régime.

Si les Syriens ont raison de faire la révolution, cela ne veut pas dire qu’ils aient raison dans tout ce qu’ils font. Il ne suffit pas d’être la victime du régime pour être juste.

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