Courrier international (Al-Hayat) – 10 juillet 2008

On parle à nouveau de l’éventualité d’un accord [de paix] entre la Syrie et Israël. Celui-ci normaliserait leurs relations bilatérales et permettrait le retour de la souveraineté syrienne sur le plateau du Golan, tout en permettant aux Israéliens de contrôler ses ressources aquifères. Par ailleurs, un calendrier de retrait courant sur cinq à quinze années prévoit de faire du Golan une zone démilitarisée. Les négociations ont été menées de manière indirecte en Turquie et en Suisse, et le résultat a été qualifié par Ibrahim Süleyman, un homme d’affaires américain d’origine syrienne, de “formule belle et simple”. Or le compte n’y est pas. La Syrie souffre davantage qu’Israël de problèmes d’eau. Une répartition en fonction des besoins de chacun aurait été plus équitable, d’autant que le droit international spécifie que le Golan et ses ressources appartiennent bien à la Syrie.
Cela étant, il ne faut pas se laisser dicter sa conduite par un sentiment d’injustice, mais par des considérations rationnelles. Il est peut-être dans l’intérêt de la Syrie de signer un accord injuste. Premièrement, parce qu’il vaut mieux éviter l’affrontement militaire avec un ennemi plus fort. En second lieu, parce que cela pourrait lui permettre de réaliser des objectifs dans d’autres domaines. La Syrie pourrait y gagner des marges de manœuvre pour réformer son économie, ses institutions et sa législation, pour accorder davantage de liberté et de justice à ses citoyens, et pour lever l’état d’urgence [qui est en vigueur depuis 1963]. Autrement dit, la normalisation diplomatique avec Israël pourrait permettre la normalisation politique avec sa propre population. Ce serait le seul moyen de surmonter les oppositions que susciterait la signature d’un accord injuste avec Israël.
Or, jusque-là, l’apaisement avec Israël n’a pas fait progresser la paix civile en Syrie. On peut se demander s’il n’y a pas un lien entre l’état d’urgence décrété par le régime syrien et l’état de guerre dans lequel il prétend être avec Israël. La population se résigne à la situation actuelle, mais, une fois la paix signée, elle risque de réclamer de profonds changements.
Selon Alon Liel, l’interlocuteur [israélien] d’Ibrahim Süleyman, “Ehoud Olmert ne peut signer d’accord avec Damas s’il n’obtient pas de garantie sur la fin de l’alliance entre la Syrie et l’Iran”. Cela est vrai. Mais, de son côté, la Syrie ne peut signer d’accord avec Israël si elle n’obtient pas de garantie sur la pérennité de son régime. C’est pour cette raison que les Etats-Unis s’opposent à un tel accord. Et c’est pour cette même raison que les Syriens posent comme condition d’obtenir des garanties américaines. Selon Liel, “un accord de paix doit faire partie d’un ensemble. Si un régime doit passer du camp iranien au camp occidental, c’est aux Etats-Unis d’en décider.” Et de garantir la pérennité et la stabilité du régime en question. Tout le reste relève du détail, y compris le plateau du Golan. L’accord ne signifiera donc pas la fin des obstructions et de la “résistance”, ni le début d’un réel changement. Car, pour sa propre survie, le régime syrien ne saurait se passer d’un ennemi.

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